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Monde RÉCIT. Chaos, violence, paranoïa : la fin de règne crépusculaire de Donald Trump

09:05  19 janvier  2021
09:05  19 janvier  2021 Source:   ouest-france.fr

Avant de partir, Trump fait une liste de grâces présidentielles pour ses amis

  Avant de partir, Trump fait une liste de grâces présidentielles pour ses amis À partir du 20 janvier 2021, Donald Trump cessera d'être le président de la première puissance mondiale, et devra laisser les rênes à son successeur Joe Biden. Cela lui laisse encore neuf jours pleins, et il a décidé de les rentabiliser au mieux: Trump espère pouvoir annoncer le 19 janvier la grâce de plusieurs personnalités dont il a établi la liste, liste qui est actuellement examinée par ses conseillers principaux et le bureau du conseiller juridique de la Maison Blanche, comme le rapporte Bloomberg.

Donald Trump a décidé dans une proclamation, publiée lundi 18 janvier par la Maison Blanche, de lever l’interdiction d’entrer aux Etats-Unis pour les voyageurs ayant séjourné depuis moins de 14 jours dans l’Union européenne, au Royaume-Uni et au Brésil.

Une semaine après sa sortie de l’hôpital où il avait été conduit après avoir été contaminé par le nouveau coronavirus, Donald Trump s’est lancé dans un

Donald Trump à la Maison-Blanche le 12 janvier 2021. © BRENDAN SMIALOWSKI / AFP Donald Trump à la Maison-Blanche le 12 janvier 2021.

Depuis l’attaque du Capitole, le 6 janvier, jusqu’à l’investiture de Joe Biden, quinze jours plus tard, les États-Unis ont traversé une crise politique sans précédent. Dirigé par un Donald Trump retranché à la Maison-Blanche, au cœur d’une capitale en état de siège, le pays a frôlé l’insurrection. Récit des derniers jours de règne d’un président perdu en lui-même, incapable de reconnaître sa défaite, s’attachant à récompenser ses amis, punir ses ennemis et monnayer les grâces présidentielles.

À Alamo, Texas, Donald Trump signe une plaque sur le mur qui marque la frontière avec le Mexique le 12 janvier 2021. © MANDEL NGAN / AFP À Alamo, Texas, Donald Trump signe une plaque sur le mur qui marque la frontière avec le Mexique le 12 janvier 2021.

C’est un bruit de verre cassé. Un bruit ténu et assourdissant à la fois. Celui de la porte vitrée du Capitole qui vient de se briser sous les coups des manifestants pro-Trump prenant d’assaut le symbole même des États-Unis. Celui de la démocratie américaine qui se fissure dans le même moment sous l’ultime dérapage d’un président pyromane. Celui du destin politique de Donald Trump, enfin, qui ne peut résister à cette provocation de trop, cette insulte aux fondations de la Constitution, ces dégradations reprises en boucle sur les réseaux sociaux et les chaînes de télévision.

Destitution de Donald Trump : pourquoi lancer une procédure à sept jours de la fin de son mandat ?

  Destitution de Donald Trump : pourquoi lancer une procédure à sept jours de la fin de son mandat ? La chambre des représentants examine ce mercredi 13 janvier l’acte d’accusation à l’encontre du président américain pour « incitation à l’insurrection », quelques jours après les émeutes du Capitole qui ont fait cinq morts. J-7 avant la fin du mandat de Donald Trump. Le président sortant n’a jamais été aussi proche de la sortie de la Maison Blanche. Et pourtant, un an après son premier procès en destitution, le magnat de l’immobilier pourrait se retrouver sous le coup d’une nouvelle procédure d’impeachment.

5Lorsque le président Donald Trump prend la parole, sa langue est d’une grande indigence lexicale et Le président Ronald Reagan, qui souffrait de la maladie d’Alzheimer en fin de deuxième mandat, était Tout comme Trump , il détestait les médias, qui attisaient sa paranoïa . En privé, Nixon se

Récits numériques. Donald Trump . « Les médias malhonnêtes aiment faire croire que la confusion règne à la Maison-Blanche, mais ce n'est pas le cas », a protesté le milliardaire républicain. M. Trump avait donné son feu vert il y a un an à ces négociations directes et inédites avec les talibans.

Le symbole est violent : au cœur de Washington, une potence a été érigée par les manifestants pro-Trump qui s’apprêtent à investir le Capitole, certains appelant à pendre le vice-président Mike Pence. © ANDREW CABALLERO-REYNOLDS / AFP Le symbole est violent : au cœur de Washington, une potence a été érigée par les manifestants pro-Trump qui s’apprêtent à investir le Capitole, certains appelant à pendre le vice-président Mike Pence.

Car, tout comme les cinq morts provoqués par ce qui s’apparente à une insurrection, les images prises à l’intérieur du bâtiment marqueront l’Histoire : élus portant des masques à gaz évacués en catastrophe vers les sous-sols, agents de la police en civil arme au poing, contestataires assis les pieds sur les bureaux des élus ou emportant du mobilier à visage découvert sous l’œil des caméras.

En quelques minutes, Trump a perdu le peu de crédibilité et pas mal des soutiens qu’il lui restait. La porte du Capitole explose, sa présidence implose.

Trump prévoit de déménager définitivement à Mar-a-Lago après la fin de son mandat, selon un rapport,

 Trump prévoit de déménager définitivement à Mar-a-Lago après la fin de son mandat, selon un rapport, Donald Trump répond aux questions des journalistes accompagnés de sa femme Melania pour une soirée de réveillon du Nouvel An le 31 décembre 2016 à Mar-a-Lago à Palm Beach, Floride. Le président de , Trump, prévoit de déménager en Floride après la fin de son mandat la semaine prochaine, a rapporté Bloomberg. Selon le rapport, Trump s'envolera pour la Floride le 20 janvier, quelques heures avant la fin de sa présidence et le début de celle de Joe Biden.

Les candidats républicain Donald Trump (à gauche) et démocrate Hillary Clinton à Saint-Louis, dimanche. Photo Tasos Katopodis. En fin de compte, difficile de désigner un vainqueur de ce duel à couteaux tirés. Pour stopper l’hémorragie dans le camp républicain et rassurer ses partisans, Donald

Depuis sa défaite politique, Donald Trump subit la fin de plusieurs contrats qui maintenaient son empire économique hors de l'eau. Des millions de dollars de dettes et de pénalités fiscales l'attendent.

Quelques jours après cette attaque visant à interrompre le processus de certification par le Congrès des résultats de l’élection présidentielle de novembre, Donald Trump devient le premier président des États-Unis à être mis en accusation pour la deuxième fois au Congrès, une semaine avant la fin d’un mandat qui s’achève dans le chaos et l’extrême tension. Ses derniers jours au pouvoir s’annoncent crépusculaires.

Washington en état de siège

Steny Hoyer, Katherine Clark et Joe Neguse entourent Nancy Pelosi qui tient dans ses mains l’article d’impeachment voté par la Chambre des représentants. © BRENDAN SMIALOWSKI / AFP Steny Hoyer, Katherine Clark et Joe Neguse entourent Nancy Pelosi qui tient dans ses mains l’article d’impeachment voté par la Chambre des représentants.

À l’image de ce qu’il a fait de la capitale des États-Unis – une ville fantôme. Depuis l’attaque contre le Capitole, Washington est méconnaissable. Silencieuse, cloîtrée, désertée. Sillonnée par les militaires de la Garde nationale lourdement armés. Les boutiques, les restaurants, les banques, les bars, se sont caparaçonnés de bois et de grilles. Une passante n’en revient pas :  C’est incroyable. D’habitude, il y a des gens partout. Là, c’est très, très calme. La ville n’est plus que l’ombre d’elle-même ​, explique Jaime, une mère de famille venue du Maryland.

Mary Trump demande que le président et ses enfants adultes soient évités

 Mary Trump demande que le président et ses enfants adultes soient évités Mary Trump a déclaré que son oncle, le président Donald Trump , et ses enfants adultes devraient être évités une fois qu'ils auront quitté la Maison Blanche le 20 janvier. idée que Ivanka Trump pourrait avoir une carrière politique. © Drew Angerer / Getty Images Le président américain Donald Trump et sa fille Ivanka Trump se rendent à Marine One sur la pelouse sud de la Maison Blanche le 4 janvier 2020 à Washington, DC.

Les exécutions sous Donald Trump de prisonniers ont atteint de nouveaux sommets. En 2020 seulement, dix personnes ont été exécutées, plus que tout autre président depuis Franklin D L'entourage de Donald Trump , nommé par lui, a été reconnu coupable de crimes à neuf reprises.

À trois jours de la fin de son mandat, Donald Trump est plus isolé que jamais et semble déjà avoir tourné le dos à la présidence. Elle rapporte également les quelques visites que reçoit Donald Trump , parmi lesquelles sa famille, mais aussi certains de ses proches qui l'ont soutenu coûte que

Une image surréaliste : des forces de l’ordre évacuent les élus du Sénat américain tandis que des manifestants pro-Trump investissent le Capitole. © DREW ANGERER / AFP Une image surréaliste : des forces de l’ordre évacuent les élus du Sénat américain tandis que des manifestants pro-Trump investissent le Capitole.

La ville est totalement déserte ​, renchérit Nadine Seiler, 55 ans, qui manifeste régulièrement près de la Maison Blanche en faveur des causes antiracistes.  C’est comme si tout le monde était parti en vacances.

Habituellement fourmillante, la métropole de plus de 700 000 habitants s’est recroquevillée sur elle-même à quelques jours de la cérémonie d’investiture de Joe Biden sur les marches du Capitole. Tout comme la Maison-Blanche, désormais cernée d’un cordon sécuritaire élargi. Les restrictions d’accès aux rues qui entourent le bâtiment ont été étendues, si bien qu’il est impossible d’approcher la résidence présidentielle à moins de 200 mètres. Retranché dans son Bureau ovale, Trump ne veut pas voir ce qu’est devenue sa capitale fédérale.

Les manifestants pro-Trump qui ont investi de Capitole le 6 janvier 2020 repartent avec du mobilier, sous l’œil des caméras et des photographes. © WIN MCNAMEE / AFP Les manifestants pro-Trump qui ont investi de Capitole le 6 janvier 2020 repartent avec du mobilier, sous l’œil des caméras et des photographes.

Des voitures de police, gyrophares allumés en permanence, bloquent les avenues habituellement saturées par la circulation.

De gros blocs de béton ont été disposés pour bloquer les principaux axes du centre-ville. Des grilles métalliques de deux mètres de haut cernent les bâtiments fédéraux situés à proximité.

Des stations de métro sont fermées, des lignes de bus déviées.

Des centaines de personnes  en lien avec l’attaque du Capitole  ​ont été arrêtées par le FBI, qui surveille de près des dizaines d’individus qui pourraient menacer l’investiture de Joe Biden. Et la répétition de la cérémonie, prévue ce dimanche 24 janvier, a été repoussée au lendemain à cause d’inquiétudes sécuritaires.

Des soldats de la Garde nationale stationnent aux alentours du Capitole, à Washington. Ils seront plus de 20 000 pour assurer la sécurité de Joe Biden lors de son investiture, le mercredi 20 janvier. © ANDREW CABALLERO-REYNOLDS / AFP Des soldats de la Garde nationale stationnent aux alentours du Capitole, à Washington. Ils seront plus de 20 000 pour assurer la sécurité de Joe Biden lors de son investiture, le mercredi 20 janvier.

Des milliers de militaires de la Garde nationale ont investi les rues de la capitale. Armés, casqués et en treillis, ils patrouillent sans relâche les abords du Congrès. Et jusqu’au sein même du bâtiment emblématique de la démocratie américaine. Le New York Times partage ainsi sur Twitter l’invraisemblable image de soldats dormant à même le sol, fusils-mitrailleurs appuyés contre le mur, aux pieds de la statue de Lincoln.

57% des électeurs disent que Trump n'a pas `` rendu l'Amérique à nouveau formidable '' en tant que président: Sondage

 57% des électeurs disent que Trump n'a pas `` rendu l'Amérique à nouveau formidable '' en tant que président: Sondage Alors que le président Donald Trump quitte la Maison Blanche mercredi matin, une majorité d'Américains a déclaré que son objectif principal de "rendre l'Amérique à nouveau grande échoué. © Drew Angerer / Getty Une majorité d'Américains affirment que le président Donald Trump n'a pas réussi à «rendre l'Amérique à nouveau formidable», alors qu'il quittait ses fonctions mercredi. Ici, il regarde lors d'un rassemblement à la DeltaPlex Arena, le 9 décembre 2016 à Grand Rapids, Michigan.

En état de siège, en état de guerre, Washington s’est habillée de kaki et barricadée derrière les planches de bois de ce qui ressemble à un gigantesque cercueil.

Les exécutions capitales s’enchaînent

À l’écart, isolé, privé du porte-voix des réseaux sociaux – il a été en quelques jours banni par Twitter, Facebook YouTube et Snapchat pour  appel à la violence  ​–, mais toujours actif, Donald Trump règne. À sa façon.

En poste jusqu’à la passation de pouvoir du 20 janvier – à laquelle il ne veut d’ailleurs pas assister, préférant rallier sa luxueuse propriété de Mar-a-Lago, en Floride –, le président américain s’occupe d’abord et en priorité de chercher tous les moyens de contester les résultats d’une élection qu’il juge toujours  volée ​. Et quand il trouve un moment pour autre chose, il cherche à rédiger des amnisties pour ses proches, liquide les dossiers sensibles comme il l’entend, signe en urgence des décrets qui constitueront autant de bâtons dans les roues de Joe Biden.

Alors que l’on pourrait s’attendre à ce que Trump intensifie le combat contre le coronavirus qui ravage son pays, il préfère réduire drastiquement la présence de ses troupes en Irak et en Afghanistan, se rendre à Alamo, au Texas, pour admirer une dernière fois les 700 km (sur 3 200) de  son  ​mur anti-migrants érigé à la frontière avec le Mexique, avant de remettre Cuba sur la liste des pays soutenant le terrorisme (l’île en avait été retirée en 2015 par Obama) afin de satisfaire, en interne, certains de ses soutiens favorables à cette mise au ban des « communistes ».

Melania Trump : nouvelle bourde ! Cette tradition non respectée avant de quitter la Maison Blanche

  Melania Trump : nouvelle bourde ! Cette tradition non respectée avant de quitter la Maison Blanche Jusqu’au bout Melania Trump n’a pas fait comme les autres. Contrairement à la tradition, ce n’est pas elle qui aurait écrit son message de remerciement au personnel de la Maison Blanche. 1/11 DIAPOSITIVES © Pool/ABACA Ce mercredi 20 janvier, Donald et Melania Trump ont fait leurs adieux à la Maison Blanche 2/11 DIAPOSITIVES © UPI/ABACA Pour l'occasion, c'est toute de noir vêtue qu'est apparue Melania Trump 3/11 DIAPOSITIVES © Pool/ABACA Avant de quitter Washington, Donald Trump a prononcé un discours d'adieux, promettant de "revenir sous

Par ailleurs, alors que, traditionnellement aux États-Unis, les présidents sortants non réélus sursoient aux exécutions capitales ou convertissent les peines des condamnés à mort, Donald Trump, lui, décide de faire le contraire. Comme le souligne le New York Times , le ministère de la Justice américain  hâte le calendrier fédéral des exécutions des détenus du couloir de la mort  ​avant la fin du mandat de Trump.

Le 13 janvier, Lisa Montgomery, 52 ans, est ainsi exécutée dans une prison d’Indiana, première femme à subir la peine capitale par la justice fédérale américaine depuis 1953 ; le lendemain, Corey Johnson, un Afro-Américain de 52 ans, reçoit une injection létale dans le même pénitencier fédéral ; deux jours plus tard, Dustin Higgs, un homme noir de 48 ans, subit le même sort.

Les efforts de l’administration Trump pour multiplier les exécutions à quelques jours du transfert de pouvoir suscitent de vives critiques parmi les défenseurs des droits de l’Homme.  Ce vendredi 15 janvier aurait été le 92e anniversaire de mon père et rien ne déshonorerait autant son héritage que ces exécutions ​, écrit ainsi dans le Washington Post Martin Luther King III, le fils du leader du mouvement des droits civiques assassiné en 1968.

Le président boude

Pire encore : au-delà de ces décisions rageuses de dernière minute, signées à l’emporte-pièce, le président boude. Contrairement à ses prédécesseurs, Trump n’a jamais appelé son adversaire victorieux. Il ne l’a pas invité à la Maison-Blanche pour la traditionnelle visite post-électorale. Et il a fait savoir qu’il n’assisterait pas à l’investiture de Joe Biden – ce qui ferait de lui le premier président depuis 1869 à refuser de participer au rituel le plus important du transfert pacifique du pouvoir.

Alors que l’échéance se rapproche, Trump est toujours vexé que ses prétentions au recomptage des voix ou à l’annulation de l’élection de Biden aient été toutes réfutées.  De nombreuses personnes dans les médias – et même des juges – ont jusqu’à présent refusé de l’accepter ​, lance-t-il dans une diatribe vidéo de 46 minutes tournée à la Maison-Blanche le 10 janvier.  Mais ils savent que c’est vrai. Ils savent qui a remporté les élections, mais ils refusent de dire que j’ai raison. Notre pays a besoin que quelqu’un dise : « Vous avez raison ».

Trump sera retiré du condo de Floride près de Mar-a-Lago après un vote à l'unanimité

 Trump sera retiré du condo de Floride près de Mar-a-Lago après un vote à l'unanimité Le nom de Un complexe de condos de West Palm Beach, en Floride, a voté pour retirer à l'unanimité le nom de "Trump Plaza" de ses tours, à la suite du pro-Trump mortel émeutes au Capitole américain le 6 janvier. © MANDEL NGAN / Getty Le complexe de condos Trump Plaza à West Palm Beach en Floride va changer de nom à la suite de la violente attaque contre le Capitole américain.

Alors même que le président exprime cette exigence, personne en position d’autorité n’y répond – si l’on excepte sa famille proche, ses avocats rémunérés et ses partisans les plus intimes. L’élection a été certifiée et acceptée non seulement par les démocrates, mais aussi par les principaux gouverneurs républicains, les secrétaires d’État, les responsables électoraux, les greffiers des villes, les juges – et même les responsables de l’administration Trump.

Rien n’y fait. Peu avant d’être banni de Twitter, Donald Trump poste en quelques heures 145 tweets sur son élection « volée »​. Et quatre seulement sur la crise du Covid qui foudroie son pays.

Trump punit ses ennemis présumés

Comme le racontent au New York Times ses conseillers consternés, le président se présente à peine au travail, ignore les crises sanitaire et économique qui affligent sa nation et nettoie consciencieusement son calendrier de toutes les réunions sans rapport avec sa tentative désespérée de réécrire le résultat des élections. Il s’attache à récompenser ses amis, à purger les collaborateurs qu’il juge déloyaux et à punir une liste croissante d’ennemis présumés qui comprend désormais des gouverneurs républicains, son propre procureur général – et même Fox News.

Déçu par les médias nationaux, y compris ceux qui lui étaient favorables, le président se tourne vers des organes d’information marginaux, comme One America News Network ou la chaîne ultra-conservatrice Newsmax, et les théoriciens du complot de QAnon, qui croient que le monde est dirigé par une cabale de pédophiles adorateurs de Satan complotant contre Trump.

Lors d’une réunion avec des sénateurs républicains, selon un responsable cité par The Post, le président américain déclare sans sourciller que les partisans de QAnon  croient fondamentalement en un bon gouvernement ​. Un commentaire qui laisse la salle médusée et silencieuse jusqu’à ce que son propre chef de cabinet, Mark Meadows, ne se porte volontaire pour dire qu’il ne les avait jamais entendus décrits de cette façon. Euphémisme.

Il n’empêche. Trump est bien obligé de se rabattre sur ceux qui le soutiennent sans conditions. Et reprennent ses arguments sans discuter. C’est ce qui se passe quand il essaye de réduire la procédure de destitution qui le vise à une manœuvre politique – une nouvelle  chasse aux sorcières ​. Aux États-Unis, ce terme n’a rien d’innocent : il est fort, symbolique, entend rappeler les heures les plus sombres du Maccarthysme et la traque des communistes au début des années 50.

Les derniers partisans de Trump – notamment les quelques élus loyalistes du Congrès – saisissent l’expression au vol, la brandissent comme un étendard et en font leur élément de langage.

Nous devons défendre Donald Trump ​, tweete ainsi le 12 janvier Marjorie Taylor Greene, proche du mouvement complotiste QAnon, qui représente depuis janvier, à la Chambre, un fief conservateur de la Géorgie. Donald Trump  n’a rien dit de mal  ​aux manifestants avant l’attaque du Capitole, assène-t-elle sur la chaîne Newsmax.  Il n’a pas soutenu les émeutes, il ne les a pas planifiées, ​ajoute Taylor Greene. La chasse aux sorcières de cette semaine n’est donc qu’une prolongation de ce que nous avons vu lors des quatre années du mandat de Trump.

De son côté, Lauren Boebert, nouvelle élue conservatrice à la Chambre, qui porte une casquette pro-Trump sur son profil Twitter et répète qu’elle compte garder son arme de poing au Congrès, a accueilli le 6 janvier comme un jour révolutionnaire :  Aujourd’hui, c’est 1776 ​, date de l’indépendance des États-Unis, écrit-elle sans frémir sur Twitter.

À ces soutiens hors cadre, il faut ajouter quelques élus républicains qui ont peur du rejet, aussi bien du président que de leurs propres électeurs : le socle de Trump reste solide parmi le peuple républicain.  Beaucoup d’élus restent plus loyaux à Trump qu’au parti ​, souligne un des fidèles du président.

« Vous êtes viré ! »

Cela dit, réduit au silence par les réseaux sociaux, cible des attaques démocrates et de nombreux éditorialistes politiques, appelé à démissionner, lâché en rase campagne par de nombreux républicains qui réclament eux aussi sa destitution – un comble pour celui qui, en tant que présentateur de téléréalité, se plaisait à lancer aux candidats :  Vous êtes viré !  ​–, Trump voit son monde se déliter.

Qu’il soit qualifié de  tyran  ​par l’élue démocrate Ilhan Omar ou que Nancy Pelosi, présidente du même parti à la Chambre, assène :  Il doit partir, il est un danger évident et immédiat contre la nation que nous aimons tous ​, et demande à l’armée américaine de s’assurer que Trump,  président déséquilibré ​, ne puisse pas utiliser les codes nucléaires, tout cela n’a rien d’étonnant. Pour les démocrates, Trump a  incité à cette insurrection, cette rébellion armée ​.

En revanche, le président sortant ne peut ignorer les critiques cinglantes de ses partisans et les démissions spectaculaires intervenues au sein de son propre gouvernement.

Les ministres de l’Éducation, Betsy de Vos, et des Transports, Elaine Chao, ont ainsi lâché Trump.  Il est indéniable que votre rhétorique a eu un impact sur la situation, et c’est un point de bascule pour moi ​, accuse Betsy de Vos dans une lettre adressée à Donald Trump.

Certains républicains estiment que le plus simple serait que le 45e président se taise et laisse de facto le vice-président Mike Pence aux commandes jusqu’au 20 janvier.  Moins il en fera sur les derniers jours, mieux ce sera ​, balance sèchement le sénateur républicain Ben Sasse sur la radio NPR.

Le Wall Street Journal, propriété du magnat Rupert Murdoch, qui fut longtemps un allié de Donald Trump, appelle, dans un éditorial, ce dernier à prendre ses responsabilités et à démissionner :  Il vaut mieux pour tout le monde, y compris lui-même, qu’il s’en aille tranquillement.

Le président porte une responsabilité dans l’attaque contre le Congrès par des émeutiers qu’il aurait dû dénoncer immédiatement ​, assène de son côté le chef de file des députés républicains Kevin McCarthy, qui réclame une  commission d’enquête  ​et le vote d’une  motion de censure ​.

Le dernier clou du cercueil

Mais ce n’est pas tout. D’après le New York Times, le très puissant et très influent Mitch McConnell, président de la majorité républicaine au Sénat et habile stratège, a lui-même affirmé à ses proches le 12 janvier qu’il voyait d’un bon œil la mise en accusation lancée par les démocrates :  Cela aidera le parti républicain à tourner définitivement la page Trump.  ​Avant d’aller encore plus loin le lendemain, affirmant qu’il n’excluait pas de voter la condamnation de Donald Trump.

L’un des derniers clous du cercueil de Trump, c’est Jeh Johnson, ancien ministre de la Sécurité intérieure, qui va l’enfoncer :  Toute personne ayant un peu d’influence sur Donald Trump devrait lui faire passer un message simple : « Montez dans Air Force One, partez à Mar-a-Lago et restez-y ».

Mar-a-Lago, c’est un des symboles de la présidence Trump. Une résidence de luxe située à Palm Beach, Floride, garnie de 126 pièces, propriété du président depuis 1985 – et sa résidence d’hiver depuis 2017. C’est aussi un club privé très fermé : 200 000 dollars de droits d’entrée, 14 000 dollars de cotisation annuelle, 2 000 dollars la nuit. Avec, à la clé, près de 30 millions de dollars de recettes entre 2015 et 2016 pour le milliardaire américain.

Pour tenter de bloquer, ou au moins de dévier cette vague de protestations, de critiques et de sarcasmes de la part de son propre camp, Trump s’essaye au mea culpa, lui qui a jusque-là nié toute responsabilité dans les violences commises au Capitole et a même affirmé que son discours prononcé quelques heures plus tôt était  approprié ​.

Le 8 janvier, après la restauration de son compte Twitter, Trump publie une vidéo de deux minutes trente dénonçant l’attaque de la foule. Lisant consciencieusement le scénario préparé par son équipe rapprochée, il se déclare  outré par la violence, l’anarchie et le chaos  ​et lance même  Vous paierez !  ​à ceux qui ont enfreint la loi. Le tout sans jamais évoquer sa responsabilité dans ce drame.

Trump voulait faire partie des manifestants du Capitole

Une volte-face certes nécessaire face à un pays lézardé – mais téléguidée, partielle et tardive. Ce retournement ne peut masquer le fait que, selon un sondage de l’institut YouGov pour CBS News publié le 8 janvier, 87 % des Américains désapprouvent les actions de ceux qui se sont introduits par la force dans le Capitole.

Il ne peut gommer que 74 % des personnes interrogées pensent que des attaques seront menées à Washington le jour de l’investiture de Biden, preuve que la démocratie américaine est on ne peut plus fragile.

Il ne peut pas, non plus, faire oublier son attitude du 6 janvier quand, à la mi-journée, il est arrivé sur la scène installée au parc Ellipse, au sud de la Maison Blanche, pour prononcer un long discours virulent, sous un ciel chargé de nuages :  Nous n’abandonnerons jamais ! Nous ne concéderons jamais ! Nous ne reprendrons jamais notre pays en étant faibles. Vous devez être forts.  ​Avant d’ajouter :  Je sais que tout le monde ici marchera bientôt vers le Capitole, pour pacifiquement, patriotiquement, faire entrer vos voix.

Et quand il dit  tout le monde ​, Trump, à ce moment-là, le pense vraiment : il se compte parmi les manifestants. Et, comme le raconte l’agence Reuters, il faudra toute la force de persuasion des services secrets américains pour le faire changer d’avis – et qu’il regagne la Maison-Blanche afin de regarder les événements à la télévision.

C’est vrai, le vice-président de Trump a écarté la menace réelle qui pesait sur la fin de son mandat : Mike Pence a refusé d’invoquer le 25e amendement de la Constitution qui lui aurait permis de démettre le président sortant, en le déclarant inapte à exercer sa fonction.

Mais la manœuvre de la dernière chance de Trump, tentant de réunifier ses troupes à défaut du pays, porte en elle-même le désespoir d’une fin de règne aux abois tout autant que l’évidence de l’échec à venir. Le 13 janvier, la Chambre des représentants vote l’acte d’accusation du président Donald Trump pour  incitation à l’insurrection ​. Avec l’appui de dix élus républicains. Il est vrai que plusieurs d’entre eux l’avaient annoncé à l’avance. Liz Cheney, fille de l’ancien vice-président Dick Cheney et numéro trois dans la hiérarchie des républicains à la Chambre, avait carrément déclaré qu’il n’y avait  jamais eu de plus grande trahison par un président des États-Unis de sa fonction et de son serment à la Constitution ​, reprochant à Trump d’avoir  allumé la flamme  ​de l’attaque contre le Capitole.

L’infamie et le chaos

Ce vote – qui, selon ses proches, a été suivi à la télévision par un Trump furieux – a marqué l’ouverture formelle de la procédure de destitution contre le président, et il appartient désormais au Sénat de le juger. Mais ce procès, qui ne s’ouvrira pas avant l’arrivée au pouvoir de Joe Biden, soulève de nombreuses questions.

Il n’y a simplement aucune chance de pouvoir conclure son procès de manière sérieuse et équitable avant la prestation de serment du président élu ​, a indiqué le chef de file des républicains au Sénat, Mitch McConnell.

Le calendrier reste donc incertain. Pour les démocrates, le risque est qu’il accapare toute l’attention et entrave l’action législative du début de mandat en monopolisant les séances.

Il n’empêche : cette seconde procédure d’impeachment, après celle concernant l’affaire ukrainienne début 2020, qu’elle aboutisse ou pas, laissera une marque indélébile sur son bilan. Aucun président américain n’a subi cette infamie. Aucun d’entre eux n’a connu une fin de mandat aussi chaotique.

Sans doute conscient des dangers judiciaires qui le guettent dès qu’il ne sera plus président, Trump a – selon trois proches collaborateurs anonymes cités par l’agence Reuters – passé beaucoup de temps, ces derniers jours, à appliquer son pouvoir de pardon avant la fin de son mandat, notamment pour ses enfants, son gendre et conseiller principal Jared Kushner, et à son avocat Rudy Giuliani. Il lui est en effet loisible de prononcer des grâces présidentielles jusqu’au terme de sa présidence.

Y compris à lui-même ? C’est ce qu’il cherche à faire avant de quitter ses fonctions, révèlent, abasourdis, ces mêmes fonctionnaires. Le peut-il, légalement ? Il n’y a pas de réponse définitive à cette question – pour une raison simple : aucun président n’a jamais tenté de prononcer un pardon pour lui-même. En conséquence, la Cour suprême n’a jamais eu l’occasion de résoudre la question. En l’absence de tout précédent, les experts juridiques sont divisés sur la question. L’entourage proche de Trump, en revanche, n’est pas étonné par cette ultime manœuvre qui serait risible si elle n’était aussi pitoyable et lourde de sens.  Je m’y attendais ​, a ainsi simplement déclaré à Reuters un responsable de la Maison-Blanche.

Trump monnaye ses grâces présidentielles

Mais il y a pire encore : d’après le New York Times, Donald Trump monnaye ses grâces présidentielles. Lui dont les affaires ne sont plus vraiment florissantes en est à récolter des dizaines de milliers de dollars auprès de ce qui est en train de devenir un marché (presque) comme un autre. Le quotidien américain, qui a eu accès à des documents officiels et pu interroger une quarantaine de lobbyistes et d’avocats, affirme que les collaborateurs de Trump démarchent de riches criminels ou leurs associés pour leur proposer la clémence de la Maison Blanche en échange d’un volume conséquent de billets verts.

Pour ne prendre qu’un exemple – ils sont nombreux –, le lobbyiste Brett Tolman, un ancien procureur fédéral qui a conseillé la Maison-Blanche sur les grâces et les commutations de peine, a monétisé au moins trois grâces présidentielles, collectant plusieurs dizaines de milliers de dollars, ces dernières semaines, pour le fils d’un ancien sénateur de l’Arkansas, le fondateur du célèbre marché de médicaments en ligne Silk Road et un homme d’affaires de Manhattan qui a plaidé coupable dans un stratagème de fraude.

Il existe peu de parallèles historiques. Le plus proche s’est peut-être produit dans les dernières heures de l’administration de Bill Clinton, quand il a délivré 170 grâces et commutations. Mais Clinton, au-delà de l’importance de ces opérations, récompensait d’abord les personnes qui avaient suivi un processus d’examen intensif du ministère de la Justice destiné à identifier les destinataires les plus méritants parmi des milliers de demandes de clémence.

Tout le monde a l’impression de faire de son mieux pour que l’édifice tienne jusqu’à ce que Biden prenne le relais ​, soupire un conseiller de Trump sous couvert d’anonymat. Personne, dans l’entourage présidentiel, que ce soit sa famille ou son avocat Rudy Giuliani, n’a eu la volonté de le convaincre de reconnaître sa défaite, d’utiliser ses dernières semaines au pouvoir pour organiser des événements afin de vanter les réalisations dont lui et ses collaborateurs sont fiers.

Il s’est retranché à la Maison-Blanche, cherchant encore et toujours à trouver le moyen de renverser l’élection.  Ses derniers collaborateurs, qui aimeraient se rendre au Bureau ovale pour travailler avec lui, évitent de le faire de peur qu’il ne leur confie encore une mission liée à la soi-disant fraude électorale qu’ils savent par avance impossible à remplir ​, confient plusieurs sources proches de la présidence.

Le syndrome de l’acte V

Joe Biden va être officiellement investi le 20 janvier sur les marches du Capitole, deux semaines après les émeutes qui s’y sont déroulées. Et Donald Trump, que va-t-il devenir ? Pourrait-il rester une force au sein du Parti républicain pour les années à venir ? Un faiseur de roi ? Pourrait-il même se représenter à un second mandat en 2024, voire l’emporter ? Tout dépendra du vote du Sénat sur sa responsabilité dans les événements du 6 janvier. Reconnu coupable, Trump pourrait être interdit d’exercer toute fonction fédérale.

Face à ce risque, son humeur n’a fait qu’empirer depuis le 6 janvier, rapportent deux de ses proches conseillers. Il a tempêté en privé contre la décision de Twitter, son moyen de communication préféré, de suspendre son compte. Il aurait même cherché à rebondir sur une plate-forme alternative, voir sur des sites de réseaux sociaux marginaux et d’extrême droite. Son gendre et conseiller principal Jared Kushner serait parvenu à l’en dissuader au dernier moment.

Donald Trump s’est aussi éloigné de son vice-président. Il lui a reproché de ne pas intervenir pour renverser les résultats du collège électoral. Il ne lui a pas parlé pendant plusieurs jours après l’émeute du Capitole. Et il n’a pas cherché à prendre de ses nouvelles, alors que Pence a dû être mis en sécurité dans le sous-sol du Capitole après que des émeutiers, scandant  Pendez Mike Pence ! ​, aient pénétré dans le bâtiment.

C’est un comportement classique de la fin des pièces de Shakespeare ​, explique Jeffrey Wilson, un érudit de Harvard qui a publié un livre intitulé « Shakespeare et Trump » voici quelques mois.  C’est le syndrome de l’acte V. Sans force et sans soutien, le tyran s’enferme dans son château. Il devient de plus en plus anxieux, de plus en plus en insécurité, de plus en plus paranoïaque, et il commence à fanfaronner à propos de sa souveraineté légitime. Et il commence à accuser toute opposition de trahison.

Qu’il y ait des analogies entre la littérature classique et la société américaine telle qu’elle fonctionne aujourd’hui, cela devrait nous inquiéter, ​prévient Jeffrey Wilson. Nous approchons de la fin de la pièce. Et c’est là que la catastrophe arrive toujours.

Le Pentagone a autorisé le déploiement de 20 000 soldats pour la cérémonie d’investiture au pied du Capitole. Pour parer à toute catastrophe. En espérant que cette présence militaire n’ait pas l’effet inverse. Et que l’acte V du règne de Trump ne se termine pas aussi tragiquement que ceux de Macbeth ou de Richard III.

Trump sera retiré du condo de Floride près de Mar-a-Lago après un vote à l'unanimité .
Le nom de Un complexe de condos de West Palm Beach, en Floride, a voté pour retirer à l'unanimité le nom de "Trump Plaza" de ses tours, à la suite du pro-Trump mortel émeutes au Capitole américain le 6 janvier. © MANDEL NGAN / Getty Le complexe de condos Trump Plaza à West Palm Beach en Floride va changer de nom à la suite de la violente attaque contre le Capitole américain.

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C'est intéressant!