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Monde Hirak : les Algériens reprennent la rue, une douche froide pour le pouvoir

21:35  22 février  2021
21:35  22 février  2021 Source:   liberation.fr

Algérie : Quel avenir pour le Hirak, deux ans après le début du mouvement ?

  Algérie : Quel avenir pour le Hirak, deux ans après le début du mouvement ? Ce lundi, des milliers d’Algériens ont investi les rues à nouveau, ressuscitant le mouvement du Hirak © Toufik Doudou/AP/SIPA Deux ans après son commencement, le mouvement du Hirak a repris MANIFESTATION - Ce lundi, des milliers d’Algériens ont investi les rues à nouveau, ress Les manifestations en Algérie du mouvement du Hirak avaient poussé le président Abdelaziz Bouteflika – au pouvoir depuis deux décennies – à la démission le 2 avril 2019.

Une manifestation à Alger pour le second anniversaire du Hirak, ce lundi. © Toufik Doudou Une manifestation à Alger pour le second anniversaire du Hirak, ce lundi.

Pour la troisième année consécutive, le 22 février, des dizaines de milliers d’Algériens ont marché dans les rues du pays la tête haute. En 2019, le soulèvement pacifique, inattendu, avait débouché au bout de quelques mois sur la chute fracassante du président Abdelaziz Bouteflika. En 2020, la manifestation avait sonné comme un avertissement à l’égard du nouveau pouvoir, avant que le mouvement de contestation soit placé sous l’éteignoir mondial de la pandémie de Covid-19. En 2021, le défilé a comme un goût de renaissance.

Algérie : en 2021, le Hirak veut toujours "mettre fin à la gouvernance du régime"

  Algérie : en 2021, le Hirak veut toujours Des milliers de manifestants sont descendus, lundi, dans les rues d'Alger et de plusieurs villes du pays pour le deuxième anniversaire du Hirak. Depuis 2019, les revendications des militants sont identiques mais le mouvement populaire de protestation a été fragilisé par le Covid-19 et les tentatives du régime de l'affaiblir. En Algérie, le mouvement de protestation du Hirak célèbre, lundi 22 février, ses deux ans d'existence. En 2019, desEn Algérie, le mouvement de protestation du Hirak célèbre, lundi 22 février, ses deux ans d'existence.

Ni la pluie qui faisait briller les balcons en fer d’Alger, ni l’important dispositif policier (barrages filtrants pour empêcher l’accès à la capitale, hélicoptères, canons à eau…), ni la peur des arrestations n’ont finalement empêché les révoltés de sortir ce lundi. A Alger, mais aussi à Oran, Constantine, Annaba, Béjaïa, Sétif, Bouira ou Mostaganem… Cela faisait presque un an que ces images de foules joyeuses et déterminées avaient disparu des médias : depuis le 13 mars 2020 exactement, lorsque les manifestants ont décidé de suspendre les marches hebdomadaires du vendredi par respect des règles sanitaires.

Gestes d’apaisement

A l’époque, les autorités algériennes y ont vu l’opportunité d’étouffer à petit feu le Hirak («mouvement»). Les rassemblements ont évidemment été interdits, comme dans beaucoup de pays. La censure s’est faite plus mordante. Des dizaines de militants ont été incarcérés pour de simples publications sur les réseaux sociaux. Des journalistes aussi, dont le correspondant de TV5 Monde Khaled Drareni. Les juges ont condamné à tour de bras, généralement pour le motif d’«atteinte à la sécurité nationale». Enfin, sur le plan politique, le président Abdelmadjid Tebboune, élu en décembre 2019 à l’issue d’un scrutin largement boycotté, a tenté de tourner la page de la contestation en proposant une réforme constitutionnelle (de faible envergure) qu’il présentait comme le début d’une nouvelle ère.

Algérie: Amnesty revient sur la répression du Hirak, deux ans après

  Algérie: Amnesty revient sur la répression du Hirak, deux ans après Le mouvement du Hirak fête aujourd’hui son 2e anniversaire. Mais si ce soulèvement populaire a entraîné le départ d’Abdelaziz Bouteflika, le système lui n’a pas bougé. Le président Abdelamadjid Tebboune a certes décidé jeudi dernier de gracier des détenus d’opinion, la répression contre les manifestants du Hirak s’était accentuée ces derniers mois. Comme le décrit Amnesty International dans un rapport que l’ONG publié ce lundi. A son arrivée au pouvoir Abdelmadjid Tebboune a eu beau annoncer qu’il était ouvert au dialogue avec le mouvement Hirak, « les autorités ont continué », écrivent les auteurs du rapport, « à réprimer la dissidence et ont poursuivi des dizaines

Rien n’a marché comme prévu. Le référendum constitutionnel a enregistré le plus bas taux de participation de l’histoire de l’Algérie. Hospitalisé en Allemagne pour cause de Covid-19, Tebboune, 75 ans, était lui-même absent du pays le jour du vote. Sa maladie, qui a duré trois longs mois, a réveillé le spectre de la présidence finissante de Bouteflika, impotent, vécue comme une humiliation par beaucoup d’Algériens.

Après son élection, le chef de l’Etat, en quête de légitimité, avait promis de «tendre la main» au «Hirak béni». Sans succès. A l’approche de la marche anniversaire du soulèvement, il a une nouvelle fois tenté des gestes d’apaisement, vendredi, en annonçant la libération de «55 à 60 personnes» sur les 70 prisonniers d’opinion recensés par le Comité national de libération des détenus. En fin de semaine, 35 d’entre eux sont effectivement sortis de prison, dont Khaled Drareni. Tebboune a aussi prononcé la dissolution de l’Assemblée populaire nationale, dont les députés dataient de l’ère Bouteflika, et remanié le gouvernement.

Algérie : des militants du Hirak, dont Brahim Laalami, écopent de prison ferme

  Algérie : des militants du Hirak, dont Brahim Laalami, écopent de prison ferme À quelques jours du deuxième anniversaire du Hirak, plusieurs militants du mouvement de contestation ont été condamnés par la justice algérienne, lundi, à des peines de prison ferme. Dans un contexte de crispation du régime, la peine la plus lourde a été infligée au jeune militant Brahim Laalami. La justice algérienne a condamné, lundi 15 février, plusieurs militants du Hirak à des peines de prison ferme, à quelques jours du deuxième  anniversaire de ce soulèvement populaire qui a entraîné la chute de l'ex-président, Abdelaziz Bouteflika.

L’impossible réforme de l’intérieur

Là encore, ses initiatives ont été balayées par les contestataires. La grâce présidentielle, arbitraire, ne remplace pas une justice indépendante, ont-ils immédiatement dénoncé. Quant au remaniement, il apparaît dérisoire : les principaux ministres sont restés en poste. A commencer par le Premier ministre, Abdelaziz Djerad. Le gouvernement a même enregistré l’arrivée, en tant que ministre du Tourisme, de Mohamed Ali Boughazi, ex-plume de Bouteflika. Symbole d’une continuité du «système» que les Algériens rejettent depuis deux ans.

Le régime, soigneusement encadré par l’armée, s’est finalement montré incapable de se réformer de l’intérieur. Le scénario, un temps envisagé, d’une transition en douceur recyclant des cadres de l’administration, s’est effondré. Quant au Hirak, invisible pendant près d’un an, il a continué de couver sous la cendre. Pourtant, une seule journée de manifestation, aussi jubilatoire soit-elle, ne signifie pas encore un sursaut national. Loin de là. En 2019, c’est la répétition inlassable et courageuse des marches pacifiques qui avait provoqué le renversement du clan Bouteflika. Les slogans de ce lundi sont clairs : «Nous ne sommes pas venus pour l’anniversaire, nous sommes venus pour que vous partiez», criait la foule à Alger. Autrement dit : la révolution n’a pas eu lieu, elle est toujours en cours.

Algérie: au moins 35 prisonniers d'opinion libérés en 24 heures .
Au moins 35 détenus d'opinion ont été libérés ces dernières 24 heures en Algérie après une mesure de grâce accordée par le président Abdelmadjid Tebboune, a indiqué samedi le Comité national de libération des détenus (CNLD).Vendredi soir, le ministère de la Justice avait annoncé l'élargissement de 33 personnes poursuivies pour des "actes liés à l'utilisation des réseaux sociaux", ajoutant que des procédures étaient en cours pour d'autres détenus. Il n'a fourni aucun autre chiffre samedi.Le CNLD, une association qui vient en aide aux prisonniers d'opinion, a fait état de libérations également samedi.

usr: 4
C'est intéressant!