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Monde Arabie saoudite : l'administration Biden ne cache pas "son hostilité vis-à-vis de MBS"

21:12  25 février  2021
21:12  25 février  2021 Source:   france24.com

Biden veut "recalibrer" la relation avec Ryad, MBS tenu à distance

  Biden veut Le président américain Joe Biden entend "recalibrer" la relation avec l'Arabie saoudite et, pour ce faire, changer d'interlocuteur: le roi SalmaneDéterminé à marquer le contraste sur ce dossier avec Donald Trump, Joe Biden a, depuis son arrivée au pouvoir le 20 janvier, pris par petites touches ses distances avec Ryad.

Le prince héritier d'Arabie Saoudite Mohammed ben Salmane photographié lors de sa rencontre avec le président Donald Trump, en marge du sommet du G20 à Osaka, au Japon, le 29 juin 2019. © Susan Walsh, AP Le prince héritier d'Arabie Saoudite Mohammed ben Salmane photographié lors de sa rencontre avec le président Donald Trump, en marge du sommet du G20 à Osaka, au Japon, le 29 juin 2019.

Alors que l'administration Biden s'apprête à publier le rapport du renseignement sur l'assassinat de Jamal Khashoggi, et que le nouveau président américain entend désormais échanger avec le roi Salmane, et non plus avec son fils, le prince héritier Mohamed Ben Salmane, interlocuteur privilégié de Donald Trump, les relations entre Washington et Riyad semblent se dégrader. Décryptage avec Karim Sader, politologue spécialiste du Golfe.

Un rapport américain pourrait ébranler les relations avec l'Arabie saoudite pendant des années

 Un rapport américain pourrait ébranler les relations avec l'Arabie saoudite pendant des années La publication du rapport des services de renseignement américains déclassifié sur le meurtre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi représente un coup dur pour le pouvoir, le prestige et la réputation internationale de l'un des hommes les plus puissants du Moyen-Orient : Prince héritier d'Arabie saoudite Mohammed ben Salmane.

Au sommet de son influence et de son pouvoir sous l’ère Trump, le prince héritier saoudien Mohammed Ben Salmane, dit MBS, n’est pas dans les bonnes grâces de la nouvelle administration américaine qui veut recalibrer ses relations avec Riyad.

La Maison Blanche ne s’en cache pas et a annoncé, mercredi 24 février, que le président Joe Biden allait "bientôt" parler, pour la première fois, au roi Salmane plutôt qu'à son fils.

De plus, Joe Biden, qui avait critiqué à plusieurs reprises pendant sa campagne les atteintes aux droits de l'Homme en Arabie saoudite, va également autoriser la déclassification du rapport du renseignement américain sur l'assassinat du journaliste Jamal Khashoggi en octobre 2018. Un rapport rédigé six semaines après l’assassinat perpétré dans l’ambassade saoudienne à Istanbul, qui est potentiellement très compromettant pour Mohammed Ben Salmane.

Khashoggi : un meurtre «validé» par le prince «MBS», selon les renseignements américains

  Khashoggi : un meurtre «validé» par le prince «MBS», selon les renseignements américains Khashoggi : un meurtre «validé» par le prince «MBS», selon les renseignements américainsCritique du pouvoir saoudien après en avoir été proche, cet homme résident aux Etats-Unis, chroniqueur du quotidien Washington Post, avait été assassiné le 2 octobre 2018 dans le consulat de son pays à Istanbul par un commando d’agents venus d’Arabie saoudite. L’affaire avait eu un retentissement international alors que son corps, démembré sur place, n’a jamais été retrouvé.

"Il est indéniable que l’on assiste à la rupture avec la diplomatie américaine sous l’ère Trump vis-à-vis de l’Arabie saoudite, explique Karim Sader, politologue et consultant spécialiste du Golfe, interrogé par France 24. Toutefois, il faut être précis, car il s’agit surtout d’un changement d’attitude vis-à-vis d’une personne, à savoir le prince héritier Mohammed Ben Salmane, qui était 'le chouchou' de l’administration Trump".

"Autre preuve de l’hostilité affichée vis-à-vis de la personne même de MBS, la décision on ne peut plus explicite consistant à choisir le roi Salmane comme interlocuteur, et non plus son fils qui avait une porte d’entrée presque intime dans le Bureau ovale, à travers le gendre du président Trump, Jared Kushner, réputé pour échanger avec lui quotidiennement".

Depuis son arrivée à la Maison Blanche, Joe Biden "a multiplié les décisions défavorables au prince hériter et à ses œuvres, comme la fin du soutien de la guerre au Yémen, ou encore la décision de retirer les Houthis de la liste antiterroriste américaine, qui était le dernier cadeau diplomatique offert par Donald Trump juste avant de quitter le pouvoir", rappelle Karim Sader. Sans oublier, ajoute-t-il, la main tendue par les États-Unis à l’Iran, dans l'optique d’un éventuel retour dans l’accord sur le nucléaire iranien.

Mohammed ben Salmane : le prince héritier d'Arabie Saoudite ultra bling-bling accusé de meurtre

  Mohammed ben Salmane : le prince héritier d'Arabie Saoudite ultra bling-bling accusé de meurtre Les renseignements américains ont déclassifié, le 26 février, un rapport concluant à la responsabilité du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane dans le meurtre du journaliste dissident, Jamal Khashoggi, en 2018. Le prince héritier aurait « validé » le meurtre du journaliste dissident.

Autant de dossiers chers à MBS, dirigeant de facto de la pétromonarchie wahhabite, nommé par le roi Salmane prince héritier en juin 2017, qui après avoir connu une ascension fulgurante et une certaine notoriété en Occident a vu son image de réformateur se ternir peu à peu. Notamment en raison de ses méthodes de gouvernance brutale et une dérive autoritaire illustrée par des campagnes d’arrestations menées dans le royaume à l’endroit de militants des droits de l’Homme, des intellectuels et des critiques.

Guerre au Yémen, embargo contre le Qatar... MBS a également collectionné les mauvais calculs sur le plan diplomatique, avant que l’assassinat de Jamal Khashoggi ne suscite une vague d'opprobre internationale contre l'Arabie saoudite et son homme fort.

Lâcher MBS ?

Reste à savoir si l’administration américaine peut arrêter de travailler avec celui qui est destiné à régner sur l’Arabie saoudite, et si les décisions de Joe Biden ne sont pas en train d’enclencher un processus visant à lâcher MBS et à provoquer sa chute.

La question peut se poser, selon Karim Sader. "Cette rupture sonne la fin du sentiment d’impunité qui pouvait animer le jeune prince sous le prédécesseur de Joe Biden", estime-t-il. Alors que l’administration Trump avait ardemment défendu le prince hériter, allant jusqu’à le couvrir dans l’affaire Khashoggi et à relativiser sa responsabilité personnelle et directe, "ce blanc-seing ne semble plus d’actualité".

Affaire Khashoggi : la déchéance internationale de Mohammed ben Salmane

  Affaire Khashoggi : la déchéance internationale de Mohammed ben Salmane En publiant le rapport du renseignement américain sur l'assassinat de Jamal Khashoggi, très compromettant pour le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, l'administration Biden semble avoir acté son rejet de l'homme fort de Riyad. Retour sur une déchéance annoncée. Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane (MBS) avait raison de redouter l’entrée à la Maison Blanche du démocrate Joe Biden aux dépens de Donald Trump, alors qu’ilLe prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane (MBS) avait raison de redouter l’entrée à la Maison Blanche du démocrate Joe Biden aux dépens de Donald Trump, alors qu’il avait tout misé sur une réélection du milliardaire américain, dont il était l’un des protégés.

MBS n’est pas dupe, il sait que cette ère est révolue, selon le politologue.

"Le prince héritier ressent la pression de la nouvelle administration, il a d’ailleurs lâché du lest sur un certain nombre de sujets, notamment au sujet de la réconciliation avec le Qatar, et la libération de la militante saoudienne des droits humains Loujain al-Hathloul, développe Karim Sader. MBS est pris en étau entre, d’un côté ce nouveau président américain qui va exiger de lui plus d’ouverture et de réformes, et de l’autre, la frange conservatrice du royaume qui reste hostile au changement et aux projets de modernisation du jeune prince".

Si MBS ne peut plus compter sur le soutien de Washington, il se retrouvera dans une position très inconfortable politiquement. "S’il perd son allié américain, Mohammed Ben Salmane perdra beaucoup de crédit en interne, juge le politologue. Et ce, sachant qu’il a beaucoup d’ennemis qui l’attendent au tournant, à commencer par la frange conservatrice et par tous les princes qu’il avait publiquement humilié".

"L’Arabie saoudite demeure un allié de premier plan des Américains"

Toujours-est-il qu’en tournant publiquement le dos à l’homme fort du royaume saoudien, le président américain a jeté un froid sur l’avenir de la relation entre Washington et Riyad, et de l’alliance historique entre la première puissance mondiale et le premier exportateur de pétrole.

"L’Arabie saoudite demeure un allié de premier plan des Américains, et aucun des deux pays n’a intérêt à mettre un terme à cette alliance, assure Karim Sader. Toutefois, depuis plusieurs années déjà, l’Arabie saoudite n’a plus la même importance stratégique du point de vue des États-Unis".

Notamment d’un point de vue énergétique. "Les États-Unis qui se sont lancés dans le développement des énergies non-conventionnelles, dont le gaz de schiste, sont arrivés à un stade de production qui leur permet de sortir de leur dépendance vis-à-vis du pétrole saoudien, précise-t-il. Une dépendance qui était le socle de leur alliance".

Et de conclure : "Joe Biden souhaite rééquilibrer la diplomatie américaine dans la région et entre les différentes monarchies du Golfe, comme avait cherché à le faire Barack Obama avant lui. Qui dit rééquilibrage, ne dit pas rupture avec les Saoudiens, donc il s’agit plutôt de ne plus reconnaître à l’Arabie saoudite son rôle de puissance dominatrice dans le Golfe. D'autant plus que les États-Unis peuvent s’appuyer davantage sur les Émirats arabes unis, sachant que ce pays, comme d’autres dans la région, ont franchi le pas du rapprochement avec Israël".

Ilhan Omar dévoile un projet de loi sanctionnant MBS pour le meurtre de Khashoggi .
Le représentant américain Ilhan Omar a présenté mardi un projet de loi sanctionnant le prince héritier saoudien Mohammed bin Salman (MBS) pour son rôle dans le meurtre du journaliste Jamal Khashoggi, mettant le législateur progressiste en désaccord avec la présidente de la Chambre Nancy Pelosi et le président Joe Biden.

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