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Monde TRIBUNE - Affaire Khashoggi : « La France doit cesser d’exporter des armes en Arabie saoudite »

13:20  27 février  2021
13:20  27 février  2021 Source:   nouvelobs.com

Arabie saoudite : l'administration Biden ne cache pas "son hostilité vis-à-vis de MBS"

  Arabie saoudite : l'administration Biden ne cache pas Alors que l'administration Biden s'apprête à publier le rapport du renseignement sur l'assassinat de Jamal Khashoggi, et que le nouveau président américain entend désormais échanger avec le roi Salmane, et non plus avec son fils, le prince héritier Mohamed Ben Salmane, interlocuteur privilégié de Donald Trump, les relations entre Washington et Riyad semblent se dégrader. Décryptage avec Karim Sader, politologue spécialiste du Golfe. Au sommet de son influence et de son pouvoir sous l’ère Trump, le prince héritier saoudien Mohammed Ben Salmane, dit MBS, n’est pas dans les bonnes grâces de la nouvelle administration américaine qui veut recalibrer ses relatio

  TRIBUNE - Affaire Khashoggi : « La France doit cesser d’exporter des armes en Arabie saoudite » © Copyright 2021, L'Obs

Ce ne sont que quatre pages. Quatre pages d’un bref rapport rendu public ce vendredi par la direction du renseignement américain à la demande du nouveau président des Etats-Unis, Joe Biden. Mais quatre pages qui peuvent modifier en profondeur les grands équilibres. Pour la première fois, les Etats-Unis mettent en cause le prince héritier saoudien Mohammed Ben Salmane, connu aussi sous l’acronyme de MBS, dans l’assassinat en 2018 du journaliste Jamal Khashoggi, résident aux Etats-Unis et collaborateur du « Washington Post » : « Nous estimons qu’[il] a approuvé une opération à Istanbul, en Turquie, pour capturer ou tuer le journaliste saoudien Jamal Khashoggi. »

US publiera un rapport sur le prince saoudien dans le meurtre de Khashoggi

 US publiera un rapport sur le prince saoudien dans le meurtre de Khashoggi Le directeur américain du renseignement national devrait publier vendredi un rapport accablant qui dénonce le prince héritier saoudien Mohammed bin Salman pour le meurtre brutal et le démembrement du journaliste dissident Jamal Khashoggi en octobre 2018.

L’avocate Amrit Singh, qui travaille pour l’Open Society Justice Initiative, une fondation créée par le milliardaire George Soros, avait saisi la justice américaine pour pousser les services de renseignement américains à rendre publique notamment cette note. Elle appelle maintenant la France à en tirer les conclusions qui s’imposent.

En 2018, le journaliste du « Washington Post », Jamal Khashoggi, s’est rendu au consulat d’Arabie saoudite à Istanbul pour y récupérer des documents dont il avait besoin pour son mariage. Il n’en est jamais ressorti. À l’intérieur du consulat, une équipe l’attendait pour le tuer avec les outils nécessaires pour s’assurer qu’on ne revoie jamais son corps. C’était une tentative de faire disparaître et oublier un critique du régime. Cette stratégie semble avoir fonctionné pendant plus de deux ans, puisque le prince héritier saoudien, accusé d’avoir commandité le meurtre, a échappé à toute forme de procès.

Le prince héritier saoudien a `` approuvé '' l'opération d'assassinat de Khashoggi: rapport d'information américain

 Le prince héritier saoudien a `` approuvé '' l'opération d'assassinat de Khashoggi: rapport d'information américain Le bureau du directeur du renseignement national a publié vendredi son rapport très attendu sur le meurtre du dissident saoudien Jamal Khashoggi vendredi, rendant publique l'évaluation de la communauté du renseignement américaine selon laquelle Le prince héritier d'Arabie saoudite a approuvé une opération pour le capturer ou le tuer.

Le prince héritier saoudien a « validé » l’assassinat de Jamal Khashoggi, assurent les services de renseignement américains

Mais ce vendredi, nous avons eu une lueur d’espoir que le prince héritier soit mis face à ses responsabilités lorsque l’administration Biden a publié un rapport de renseignement non classifié sur le meurtre de Khashoggi. C’est la première confirmation officielle du gouvernement américain de l’implication du prince dans le meurtre. Pendant plus de deux ans, l’administration Trump a contré nos efforts devant les tribunaux pour obtenir la publication de documents susceptibles de révéler de telles informations, y compris ce rapport.

La divulgation de ce rapport est la première étape pour établir la responsabilité du prince héritier et l’empêcher de s’en tirer impunément. Mais ces révélations doivent être suivies d’une action décisive. Pendant trop longtemps, les États-Unis, l’Union européenne et le Royaume-Uni ont condamné le meurtre de Khashoggi tout en fermant les yeux sur cette affaire. Les preuves s’accumulant, il faut désormais que ce crime odieux soit puni. C’est pourquoi mon organisation appelle le gouvernement français, et d’autres gouvernements du monde entier, à mettre fin aux exportations d’armes vers l’Arabie Saoudite et à imposer des sanctions financières et des restrictions de déplacement au prince héritier et à tous les autres responsables du meurtre. Ne pas donner suite à ces actions serait inenvisageable.

Les États-Unis accusent le prince héritier saoudien d’avoir « validé » l’assassinat de Khashoggi

  Les États-Unis accusent le prince héritier saoudien d’avoir « validé » l’assassinat de Khashoggi Dans un rapport gardé secret par Donald Trump mais rendu public par l’administration Biden, Washington accuse Mohamed ben Salmane d’être à l’origine de l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi. La Maison Blanche a annoncé des sanctions. Les États-Unis ont publiquement accusé le prince héritier d’Arabie saoudite d’avoir « validé » l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, au risque d’une crise entre les deux pays alliés.

Un château en France valant 300 millions de dollars

Mettre un terme à toutes les exportations d’armes vers l’Arabie saoudite enverrait le message clair que les violations des droits de l’homme ne seront plus ignorées dans l’intérêt de contrats d’armement à plusieurs milliards de dollars. Cette réalité est une chose dont l’ancien président Donald Trump était heureux de se vanter. Le mois dernier, l’administration Biden a temporairement suspendu les ventes d’armes à l’Arabie Saoudite, mais elle doit aller plus loin et faire durer l’interdiction tant que l’Arabie saoudite continuera à violer ouvertement les droits de l’homme. Mettre fin aux exportations d’armes permettrait non seulement d’envoyer un message fort sur le meurtre de Khashoggi, mais aussi de mettre fin à la complicité occidentale – les États-Unis, le Royaume-Uni et la France sont les trois principaux exportateurs d’armes vers l’Arabie saoudite – dans un autre domaine où l’Arabie saoudite fait fi des droits de l’homme et du droit humanitaire international : le bombardement de cibles civiles au Yémen.

Le département d'État «Khashoggi Ban» restreint les visas pour ceux qui ciblent les journalistes et les militants

 Le département d'État «Khashoggi Ban» restreint les visas pour ceux qui ciblent les journalistes et les militants Le département d'État a annoncé vendredi une nouvelle politique, «l'interdiction de Khashoggi», qui permettra aux États-Unis d'imposer des restrictions de visa aux personnes qui ciblent les journalistes et les dissidents au nom de gouvernements étrangers.

Les sanctions financières et les restrictions de déplacement rendraient les conséquences personnelles et pas seulement abstraites. Comme dans le cas des sanctions imposées aux fonctionnaires russes, le prince héritier et ses hommes de main devraient être sujets à un gel de leurs avoirs et à des interdictions de voyager. Il n’y a aucune raison pour que le prince héritier soit autorisé à visiter son château français de 300 millions de dollars alors que le crime qu’il a commis reste impuni. Ceux qui ont exécuté ses ordres et qui n’ont pas encore été sanctionnés devraient également savoir qu’ils ne peuvent pas continuer à faire comme si rien ne s’était passé.

Assassinat du journaliste Khashoggi : l’étrange pardon de ses enfants à ses assassins saoudiens

La publication de davantage d’informations officielles du gouvernement sur le meurtre de Khashoggi contribuerait à garantir que celui-ci ne soit pas oublié et à empêcher que d’autres crimes soient commis. Le rapport publié ce vendredi n’est pas le seul document que l’administration Trump nous a caché dans le cadre du procès. Un rapport de la CIA largement repris dans les médias, mais qui n’a pas été publié officiellement, a conclu avec un « indice de confiance moyen à élevé » que le prince héritier avait commandité le meurtre de Khashoggi. Au tribunal, l’administration Trump a même refusé d’admettre qu’elle détenait ce rapport. La récente décision de la cour exige cependant que le gouvernement américain identifie le rapport et explique pourquoi il a été caché au public. Hatice Cengiz, la fiancée de Khashoggi, a demandé au président Joe Biden de rompre avec le passé et de rendre le rapport public.

Mort de Khashoggi : 5 minutes pour comprendre les accusations américaines contre MBS et l’Arabie saoudite

  Mort de Khashoggi : 5 minutes pour comprendre les accusations américaines contre MBS et l’Arabie saoudite Mort de Khashoggi : 5 minutes pour comprendre les accusations américaines contre MBS et l’Arabie saouditeQue révèle ce rapport de la CIA ?

« Ne pas prendre de mesures décisives serait immoral »

La publication de nouveaux documents et la prise de mesures décisives contre le gouvernement saoudien et le prince héritier ont jeté les bases de nouvelles mesures de responsabilisation. Une confirmation officielle est essentielle pour établir la responsabilité publique et juridique, et le fait de prendre des mesures montre que la volonté de rendre des comptes ne se limitera pas à de vagues appels exprimant des « préoccupations ».

Alors que les États-Unis continuent à publier ces documents, aucune action ne sera efficace si elle n’est pas soutenue par la communauté internationale. Il appartient aux gouvernements attachés à la liberté d’expression et aux valeurs démocratiques de veiller à ce que des comptes soient rendus. Maintenant que les conclusions officielles du rapport sont claires pour tous, ne pas prendre de mesures décisives contre le prince héritier et l’Arabie saoudite serait immoral. Cela priverait Jamal Khashoggi et sa famille de leur droit à la justice. Et cela encouragerait l’Arabie Saoudite et d’autres gouvernements autoritaires à continuer d’assassiner et de persécuter les dissidents en toute impunité.

Amrit Singh est avocate pour l’Open Society Justice Initiative et conseillère juridique dans l’affaire de l’Open Society Justice Initiative contre le Bureau du directeur du renseignement national, un procès intenté en vertu de la loi sur l’accès à l’information (Freedom of Information Act) pour la publication des dossiers du gouvernement américain sur le meurtre de Jamal Khashoggi.

Washington appelle Ryad à « démanteler » l'unité qui a tué Khashoggi .
Les États-Unis ont exhorté Ryad à punir l'escadron impliqué dans le meurtre du journaliste Jamal Khashoggi sans pour autant sanctionner le prince MBS.Mais le gouvernement américain n'a paradoxalement pas sanctionné le jeune dirigeant, afin d'éviter une crise ouverte avec le royaume pétrolier du Golfe. Les mesures punitives annoncées visent ainsi un proche de MBS et la Force d'intervention rapide saoudienne, accusée d'être impliquée dans le meurtre. « Nous exhortons l'Arabie saoudite à démanteler ce groupe », a déclaré lundi le porte-parole de la diplomatie américaine Ned Price au sujet de cette unité d'élite.

usr: 1
C'est intéressant!