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Monde Entre « affront » et couac protocolaire, le « Sofagate » sème le trouble entre l’UE et la Turquie

18:00  08 avril  2021
18:00  08 avril  2021 Source:   nouvelobs.com

Charles Michel a refait "150 fois le film" du Sofagate et n'en "dort pas bien"

  Charles Michel a refait SOFAGATE - La polémique n’a cessé de prendre de l’ampleur. La Turquie a fustigé jeudi 8 avril des “accusations injustes” après l’affront protocolaire ressenti par la présidente de la Commission européenne à Ankara, affirmant que la disposition des fauteuils au cœur de la polémique avait été suggérée par la partie européenne. La présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, avait été placée mardi 6 avril par le protocole en retrait sur un divan lors d’une réunion des présidents des institutions de l’UE avec le chef d’Etat turc Recep Tayyip Erdogan et le président du Conseil européen Charles Michel.

  Entre « affront » et couac protocolaire, le « Sofagate » sème le trouble entre l’UE et la Turquie © Copyright 2021, L'Obs

Affront volontaire ou application stricte du protocole européen ? Une séquence montrant la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, contrainte de s’asseoir en retrait sur un divan lors de la réunion des présidents des institutions de l’UE avec le président turc Recep Tayyip Erdogan à Ankara, a soulevé autant d’interrogations que d’indignation. Si la situation pourrait être due à un respect du protocole, les images ont entaché le dialogue engagé entre l’UE et la Turquie.

Sur celles-ci, Ursula von der Leyen se tient debout, désemparée, alors que Recep Tayyip Erdogan et le président du Conseil européen Charles Michel prennent place dans des fauteuils. Aucun siège ne semble avoir été prévu pour elle à leurs côtés. La présidente murmure un « Hum… » interloqué avant de s’asseoir sur un canapé, en retrait.

Sofagate : un « piège » de la Turquie, selon Paris

  Sofagate : un « piège » de la Turquie, selon Paris Ursula von der Leyen a été placée mardi par le protocole en retrait sur un divan lors d’une réunion avec Recep Tayyip Erdogan et Charles Michel.Vidéo fournie par Le Figaro

« La présidente von der Leyen a été surprise. Elle a décidé de passer outre et de donner la priorité à la substance. Mais cela n’implique pas qu’elle n’accorde pas d’importance à l’incident », a expliqué mercredi son porte-parole Eric Mamer.

« Mme von der Leyen attend d’être traitée selon les règles protocolaires et elle a demandé à ses services de faire en sorte que ce genre d’incidents ne se répète pas à l’avenir. »

« Des images qui font mal »

Sur les réseaux sociaux, sous le hashtag #Sofagate, de nombreux internautes, dont des responsables politiques, ont dénoncé l’inégalité de traitement entre les deux chefs des institutions européennes, et son caractère sexiste.

« D’abord, ils se retirent de la Convention d’Istanbul[sur la prévention de la violence contre les femmes et les enfants, NDLR] et maintenant ils laissent la présidente de la Commission européenne sans siège lors d’une visite officielle. C’est honteux », s’est insurgée la présidente du groupe socialiste au Parlement européen, l’Espagnole Iratxe Garcia Perez, sur Twitter.

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« Ce sont des images qui font mal ! », a critiqué de son côté mercredi Clément Beaune, le secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, sur BFM Business, pour qui « c’est un affront qu’on corrigera, mais il ne faut pas laisser faire ce genre de choses ».

« On a affaire à des interlocuteurs, le président turc, qui eux connaissent la force des images, la valeur de symbole, on doit être beaucoup plus fermes, beaucoup plus forts là-dessus », a-t-il ajouté, estimant que « l’Europe doit être beaucoup moins naïve et sympathique ».

Ce jeudi, des grands groupes politiques du Parlement européen ont demandé aux présidents des institutions de venir expliquer la situation en séance plénière « pour clarifier ce qui s’est passé ».

« La rencontre à Ankara des présidents von der Leyen et Michel aurait dû envoyer un message de fermeté et d’unité de l’approche européenne vis-à-vis de la Turquie. Malheureusement, elle s’est traduite par un symbole de désunion, les présidents n’ayant pas su faire front commun lorsque cela était nécessaire », a déploré l’Allemand Manfred Weber, président du Groupe du Parti populaire européen PPE (droite proeuropéenne).

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Application stricte du protocole mais « situation désolante »

La Turquie a-t-elle donc volontairement cherché à humilier Ursula von der Leyen ? Selon le porte-parole de cette dernière, les présidents des deux institutions européennes « ont le même rang protocolaire », et auraient dû, de fait, avoir une place égale.

Selon « Libération », le chef de son cabinet aurait même envoyé un mail cinglant aux services du président turc, dénonçant une « humiliation » et mettant en garde contre des difficultés que la situation pourrait poser dans les négociations sur la modernisation de l’accord d’union douanière entre la Turquie et l’UE.

Un message qui a mené à un appel de Charles Michel, qui aurait évoqué un malentendu. Le Conseil européen, l’organe représentant les Etats membres, a en effet apporté une précision mercredi, en faisant savoir que son président avait en fait la préséance sur la Commission pour le protocole international.

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Face aux accusations de sexisme, la Turquie s’est défendue à plusieurs reprises. Ce jeudi, le chef de la diplomatie turque Mevlut Cavusoglu a dénoncé des attaques « injustes » et a affirmé lors d’une conférence de presse que la disposition des fauteuils au cœur de la polémique avait été suggérée par la partie européenne.

Rencontre froide entre Ursula von der Leyen et Charles Michel après le «Sofagate»

  Rencontre froide entre Ursula von der Leyen et Charles Michel après le «Sofagate» Six jours qu’ils ne s’étaient pas parlé, depuis que le « Sofagate » à Ankara a fait couler beaucoup d’encre. La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a reçu ce lundi en fin d’après-midi le président du Conseil européen Charles Michel. Ce dernier a exprimé « ses profonds regrets » sur l’incident d’Ankara, mais on ne peut pas dire que l’ambiance entre eux deux se soit vraiment améliorée « Je ne permettrai pas qu’une telle situation se reproduise » voilà en résumé, ce qu'a dit Ursula von der Leyen à Charles Michel. Deux heures d’échanges et une réunion hebdomadaire habituelle ont banalisé leurs entourages.

« Les demandes de l’UE ont été respectées. Cela veut dire que la disposition des sièges a été réalisée à leur demande », a-t-il déclaré. « Nos services de protocole se sont rencontrés avant la réunion et leurs demandes ont été respectées. »

Mercredi, Charles Michel avait lui aussi confirmé le respect du protocole, tout en regrettant cet incident : « L’interprétation stricte par les services turcs des règles protocolaires a produit une situation désolante : le traitement différencié, voire diminué, de la présidente de la Commission européenne », a-t-il expliqué dans un message sur son compte Facebook.

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Charles Michel

Charles Michel a lui-même fait l’objet de critiques, certains lui reprochant de ne pas avoir réagi lorsque Ursula von der Leyen s’est retrouvée debout, sans savoir où s’asseoir. Dans un tweet, l’eurodéputé français Raphaël Glucksmann a notamment estimé qu’en « s’asseyant quand même », il s’était aussi assis « sur l’égalité femmes-hommes ».

Charles Michel s’est défendu d’avoir été « insensible » à la situation. « Sur le moment, tout en percevant le caractère regrettable de la situation, nous avons choisi de ne pas l’aggraver par un incident public », a-t-il soutenu.

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  Polémique à Bruxelles après un affront fait à Ursula von der Leyen à Ankara Un affront a été infligé mardi à la présidente de la Commission européenne, l'Allemande Ursula von der Leyen, placée en retrait sur un divan lors de la réunion des présidents des institutions de l'UE avec le président turc Recep Tayyip Erdogan à Ankara.La scène, qui a été filmée, a déclenché une controverse à Bruxelles."La présidente von der Leyen a été surprise. Elle a décidé de passer outre et de donner la priorité à la substance. Mais cela n'implique pas qu'elle n'accorde pas d'importance à l'incident", a expliqué mercredi son porte-parole Eric Mamer.

Jean-Claude Juncker revient sur son expérience

Sur Twitter, de nombreux internautes se sont toutefois demandé si le protocole aurait été appliqué de la même manière si le président de la Commission européenne était un homme. Certains se sont ainsi appuyés sur des photos de visites précédentes, montrant l’ancien président du Conseil européen Donald Tusk et l’ancien président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, tous deux assis au même niveau au côté de Recep Tayyip Erdogan.

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Contacté par le site américain Politico, Jean-Claude Juncker explique :

« Quand je voyageais avec [Donald] Tusk ou [Herman] Van Rompuy [président du Conseil européen de 2010 à 2014, NDLR], je respectais toujours l’ordre du protocole. Normalement j’avais un siège à côté de celui du président du Conseil, mais il est parfois arrivé que je sois assis sur un sofa. »

S’il rappelle que le président du Conseil a la préséance, il estime toutefois qu’il aurait été « préférable qu’[Ursula von der Leyen] soit assise au même niveau ».

Cet incident intervient alors que l’Union européenne et la Turquie essaient de renouer des liens après une année de tensions, marquée notamment par les inquiétudes des Européens sur les violations des droits fondamentaux en Turquie.

« Sofagate ». Le président du Conseil européen, Charles Michel, « peiné » par la polémique .
Le président du Conseil européen a publié un communiqué sur Facebook, mercredi soir, pour réagir à « l’affaire du canapé » où la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, avait été reléguée lors d’une rencontre officielle avec le chef de l’État turc, Recep Tayyip Erdogan. La polémique a enflé toute la journée du mercredi 7 avril 2021 à propos du « Sofagate ». La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, avait été placée la veille par le protocole en retrait sur un divan lors de sa réunion avec le président du Conseil européen, Charles Michel, et le chef de l’État turc, Recep Tayyip Erdogan, à Ankara.

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C'est intéressant!