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Monde Aux urnes et aux armes, le double front d’Idriss Déby

12:35  17 avril  2021
12:35  17 avril  2021 Source:   liberation.fr

Tchad: le président Déby tué dans des combats contre des rebelles

  Tchad: le président Déby tué dans des combats contre des rebelles Le président tchadien Idriss Déby Itno, au pouvoir depuis 30 ans et partenaire-clé des Occidentaux et des pays du Sahel dans la lutte contre les djihadistes, est décédé mardi des suites de blessures reçues alors qu'il commandait son armée contre des rebelles dans le Nord durant le week-end. Le régime d'Idriss Déby était considéré par les Occidentaux, en particulier la France, l'ancienne puissance coloniale, comme un partenaire essentiel dans la guerre contre les djihadistes au Sahel. Le Tchad enclavé entre des Etats faillis tels que la Libye, le Soudan et la Centrafrique, est un contributeur de poids en soldats et armements dans ce conflit.

Le président du Tchad, Idriss Déby, à N'Djamena, dimanche. © Marco Longari Le président du Tchad, Idriss Déby, à N'Djamena, dimanche.

Les premiers résultats provisoires sont tombés dans la nuit de jeudi, et, au Tchad, personne ne sait s’il faut rire ou pleurer. Le président sortant, Idriss Déby Itno, recueille plus de 90% des suffrages exprimés dimanche dans les quatre premiers arrondissements de la capitale, N’Djamena, et dans la province occidentale du Kanem, plus de 80% dans la région orientale du Ouaddai, et au moins 60% dans le Mayo-Kébbi Ouest, pourtant considéré comme un bastion de l’opposition. Ces scores écrasants ne sont pas une surprise : le chef de l’Etat concourait seul, ou presque, pour accéder à un sixième mandat. Ses adversaires les plus sérieux ont été empêchés de se présenter ou se sont retirés de l’élection, refusant de cautionner un scrutin qu’ils jugeaient faussé.

Idriss Deby: Règle du Chad qui tenait au pouvoir, est décédé des rebelles

 Idriss Deby: Règle du Chad qui tenait au pouvoir, est décédé des rebelles Idriss Deby était connue pour visiter le champ de bataille. Après que les combattants de Boko Haram ont lancé une attaque meurtrière sur une base de l'armée chadienne dans le village de Bohoma en mars dernier, le président de longue date a été vu marcher sur les rives du lac Tchad, à côté de ses troupes. © Tchad's Teremballon President Idriss Deby Deby était un ancien officier militaire qui est venu au pouvoir après un rebelle ...

La plupart des opposants avaient appelé au «boycott actif» des urnes. Dimanche, le vote s’était pourtant déroulé globalement dans le calme, sous haute surveillance des forces de sécurité. Le taux de participation devait donc révéler si les consignes d’abstention ont été suivies. Mais les résultats partiels ne donneront même pas cette satisfaction à l’opposition : certes, dans le Mayo-Kébbi, le taux de participation atteint péniblement 25%, mais il dépasse les 80% dans la province du Kanem et les 70% dans le Ouaddai, par exemple. Quel crédit apporter à ces chiffres – encore partiels – communiqués par la Commission nationale électorale indépendante ? L’opposition a beau dénoncer des «résultats arrangés par le parti au pouvoir», elle n’est pas en mesure de fournir ses propres estimations.

Mort de Déby : Une période d'incertitude s'ouvre au Tchad

  Mort de Déby : Une période d'incertitude s'ouvre au Tchad Le régime d’Idriss Déby était considéré par les Occidentaux, en particulier la France, comme un partenaire essentiel dans la guerre contre les djihadistes au Sahel © Quentin TOP/SIPA Le président tchadien Idriss Deby lors du sommet sur le G5 Sahel, le 13 janvier 2020 à Pau. AFRIQUE - Le régime d’Idriss Déby était considéré par les Occidentaux, en particulier la France, comme un partenaire essentiel dans la guerre c Les obsèques nationales d’Idriss Déby Itno auront lieu vendredi.

Adversaires venus du nord

Idriss Déby, d’ailleurs, en fait certainement peu de cas. Après tout, cette élection, même vidée de tout sens démocratique, assure une continuité légale à son long règne sur le Tchad, commencé il y a trois décennies. Elle remplit sa fonction. En revanche, l’entrée de troupes rebelles sur le sol tchadien, le jour du scrutin, a mobilisé immédiatement le «maréchal président» – il a été élevé à ce grade l’été dernier. N’a-t-il pas lui-même renversé par les armes son prédécesseur, Hissène Habré, en 1990 ? Et déjà mis en échec trois offensives des groupes rebelles en 2006, 2008 et 2019 ?

Cette fois-ci, ses adversaires sont venus du nord (depuis la Libye) et non pas de l’est (du Soudan), comme par le passé. Le massif du Tibesti qu’ils ont investi est réputé inexpugnable, mais il se trouve à 1 000 kilomètres de la capitale. Un long chemin à parcourir jusqu’au palais présidentiel. Les rebelles auraient formé une coalition autour du Front pour l’alternance et la concorde au Tchad (Fact), un groupe armé qui s’est regroupé, entraîné et surtout équipé en Libye. Son fondateur, Mahamat Mahadi Ali, un intellectuel immigré en France pendant vingt-cinq ans, a su nouer des alliances de circonstance – dernièrement avec le maréchal Khalifa Haftar – pour acquérir de l’armement sans exposer ses combattants. La colonne qu’il dirige serait composée, selon les estimations, d’entre 150 et 400 véhicules.

Tchad. Emmanuel Macron se rendra aux obsèques d’Idriss Déby, dont le fils prend les pleins pouvoirs

  Tchad. Emmanuel Macron se rendra aux obsèques d’Idriss Déby, dont le fils prend les pleins pouvoirs Emmanuel Macron se rendra au Tchad vendredi 23 avril pour les obsèques d’Idriss Déby, tué lundi dernier. Le fils du président tchadien a été nommé président par intérim, avec les pleins pouvoirs. Les opposants au régime dénoncent un « coup de force militaire ». C’est un saut dans l’inconnu pour les 16 millions de Tchadiens : ils vivaient depuis 30 ans sous la férule d’un homme, Idriss Déby Itno, à peine réélu puis tué, et ils héritent d’une junte militaire dirigée par un fils inexpérimenté qui concentre tous les pouvoirs.Les obsèques d’Idriss Déby seront célébrées vendredi à N’Djamena.

Communiqués triomphants

Ces «mercenaires tchadiens» sont «fixés et traités par l’armée de l’air tchadienne», «en débandade et pourchassés par nos vaillantes forces de défense et de sécurité», affirmait un communiqué du gouvernement lundi. Mais depuis, le Fact a semble-t-il continué de progresser, diffusant à son tour des communiqués triomphants : «L’offensive se poursuit sans relâche, clamaient les insurgés, vendredi. Surpris par la puissance de feu de nos vaillants combattants, l’ennemi est mis en déroute totale. Nous informons l’opinion de la prise le 15 avril de la garnison stratégique de Gouri.» Les affirmations des deux camps sont impossibles à vérifier de manière indépendante.

La réaction d’un troisième acteur, la France, est scrutée de très près. En février 2019, l’avancée d’une colonne rebelle avait été stoppée par un bombardement de l’armée française, dont le quartier général de l’opération Barkhane est installé à N’Djamena. Cette fois-ci, Paris hésite-t-il à voler à la rescousse de son allié tchadien, au lendemain de cette élection contestée ? Des Mirage 2000 survolent régulièrement les positions rebelles. Leurs passages sont considérés comme «un acte hostile et inamical», a précisé le Fact, qui rappelle qu’il ne «considère pas la France comme un ennemi», et invite Barkhane, «largement financée par les contribuables européens, à ne pas s’écarter de sa mission initiale pour s’immiscer dans les conflits internes au Tchad». Gouri se trouve à environ 200 kilomètres de Faya-Largeau, où un contingent français est stationné. Les rebelles devront certainement contourner cette ville stratégique s’ils ne veulent pas se heurter frontalement aux positions françaises.

Au Tchad, Déby fils sous haute pression

  Au Tchad, Déby fils sous haute pression La prise de pouvoir de Mahamat Idriss Déby après la mort de son père est dénoncée à la fois par les partis politiques, la société civile et les rebelles. Tous attendent une condamnation de la communauté internationale.Le Tchad a vécu une sorte de putsch de continuité. Déby a laissé la place à Déby. Son fils Mahamat, général de 37 ans, a immédiatement pris la tête d’un Conseil militaire de transition de quinze généraux – des fidèles du régime – en dehors de tout cadre constitutionnel. L’Assemblée nationale et le gouvernement ont été dissous.

L’unité de l’appareil militaire en question

L’armée tchadienne, réputée la plus combative du Sahel et choyée par Idriss Déby, dispose théoriquement d’une force largement supérieure au Fact. L’effet de surprise de l’offensive rebelle a fait long feu. Le Fact en est certainement conscient. Son seul atout, désormais, réside dans une hypothétique division des militaires tchadiens. L’affaire Yaya Dillo, du nom de cet opposant en fuite dont la mère a été tuée au cours de sa tentative d’arrestation, en février, aurait un temps fissuré le clan présidentiel. Dillo appartient non seulement à la communauté du Président, celle des Zaghawas, mais à sa propre famille. Or des tensions en son sein fragilisent l’unité de l’appareil militaire. «Le verrouillage tribalo-familial des postes sécuritaires clés fait la force et en même temps la fragilité du pouvoir actuel, détaille un rapport de l’International Crisis Group paru en début d’année. Si ce système de contrôle lui a jusqu’à présent assuré une certaine stabilité, il peut se dérégler dès que des dissensions familiales apparaissent.»

«Après l’affaire Yaya Dillo, Déby a repris les choses en main. Il a été malin, il a appelé les sages pour régler ça au sein du clan, assure toutefois un ancien compagnon de route du parti présidentiel. La querelle est terminée. Déby est un manœuvrier hors pair, qui a toujours un coup d’avance. En trente ans à la tête du Tchad, il a gagné en expérience et appris à écraser les rébellions comme les élections.»

Quels défis pour le Tchad après la mort d’Idriss Déby Itno ? .
Après 30 années au pouvoir, le président Idriss Déby Itno est mort le 20 avril dans des combats contre des groupes rebelles, selon l’armée. Son fils, Mahamat Idriss Déby, a été désigné pour lui succéder. Dans ce pays du Sahel pauvre et menacé d’instabilité, les défis auxquels le nouveau président fait face sont immenses. L’opposition tchadienne a dénoncé un "coup d’État institutionnel" et appelé à "l’instauration d’une transition dirigée par les civils (…) à travers un dialogue inclusif".

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C'est intéressant!