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Monde D’un accord de pêche à un déploiement militaire : comment la situation a déraillé à Jersey

22:30  06 mai  2021
22:30  06 mai  2021 Source:   abonnement.leparisien.fr

Jersey Govt a une «réunion constructive» avec des pêcheurs français comme navires de Royal Navy Préparez-vous à laisser

 Jersey Govt a une «réunion constructive» avec des pêcheurs français comme navires de Royal Navy Préparez-vous à laisser 0 © Viewer Image Les bateaux de pêche français sont descendus sur St Helier. Pic: Le gouvernement de Josh Le Corre a déclaré qu'il ait tenu une "réunion constructive" avec la protestation de pêcheurs français dans le but de résoudre un différend sur les droits de pêche post-Brexit.

Le Parisien © Fournis par Le Parisien Le Parisien

Démonstration de force au large de Jersey. Le gouvernement britannique y a dépêché deux patrouilleurs militaires, ce jeudi. « Une mesure strictement préventive », dit Londres. Ce à quoi la France a répondu par l’envoi de deux patrouilleurs tricolore, pour assurer « la sécurité de la navigation et la sauvegarde de la vie humaine en mer », dit Paris. Derrière ces manœuvres ? Plaintes et menaces, des deux côtés de la Manche, sur fond d’un accord de pêche non respecté.

Si le ton monte entre Paris et Londres, c’est que le premier dénonce le non-respect de la part du second des accords de pêche prévus par le Brexit. Alors que les bateaux français auraient dû bénéficier de licences pour pêcher en eaux anglaises, le compte n’y est pas : une grosse majorité des pêcheurs français n’en ont toujours pas… Pire : les Britanniques ont ajouté leurs propres règles, fixant des conditions d’entrée notamment, pour les licences de pêche au large de Jersey. De quoi mettre en péril l’activité de nos pêcheurs.

navire de guerre français envoyé à Jersey "à pleine vitesse" alors que la Normandie met en garde "Nous sommes prêts pour la guerre!"

 navire de guerre français envoyé à Jersey © défense.gouv.fr France UK Actualités Brexit Bateaux de pêche Jersey Un peu plus d'une heure après des dizaines de bateaux de pêche français descendus sur le port de Saint-Saint-Jersey ce matin, le pays de l'UE a envoyé un navire naval pour aider. Le petit navire de gendarmarie navale, l'Athos (A712) a été observé en direction de l'île "à pleine vitesse" ce matin.

Le gouvernement français est monté plusieurs fois au créneau depuis fin avril. Le 23 avril, il a saisi la Commission européenne, attendant d’elle « une action ferme et déterminée […] pour assurer la pleine application de l’accord ». Sans faire bouger d’un iota les Britanniques. « Nous prendrons des mesures de rétorsion » si l’accord n’est pas respecté, menaçait encore le 27 avril le secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, Clément Beaune. Sans que, là encore, rien ne bouge.

La France menace de couper l’électricité à Jersey

« Nous ne nous laisserons pas imposer de nouveaux critères ! » prévenait début mai Annick Girardin, la ministre de la Mer, déplorant que les licences qui ont été délivrées pour pêcher au large de Jersey limitent les conditions d’accès où le nombre de jours de pêche… ce qui n’était pas prévu par l’accord du Brexit. « Ces mesures de rétorsion (NDLR : prévues dans l’accord), nous sommes prêts à les utiliser », a redit la ministre à l’Assemblée nationale mardi.

Jersey donne à la France plus de temps sur le litige de pêche

 Jersey donne à la France plus de temps sur le litige de pêche Jersey a accordé aux pêcheurs français plus de temps pour répondre à ses nouvelles règles dans le but de résoudre un différend sur la licence de pêche. © Getty Getty Images Les navires de pêche français ont protesté à St Helier Harbour la semaine dernière sur un nouveau système de licence L'extension jusqu'au 1er juillet est un signe de «bonne foi» que la rangée sur les droits post-brexit de France peut être résolue, le gouvernement de Jersey a déclaré.

Devant les députés, Annick Girardin voit dans « le transport d’électricité par câble sous-marin », depuis la France et dont Jersay est dépendant, un moyen de pression. Si la Grande-Bretagne ne rentre pas dans le rang, la France pourrait couper le courant sur l’île, prévient la ministre. Des menaces « clairement inacceptables et disproportionnées », a dénoncé un porte-parole du gouvernement britannique. Au Parisien, espérant « que nous n’aurons pas à (y) recourir », Annick Girardin fait part mercredi d’autres mesures possibles : « mettre en place des droits de douane sur les produits britanniques ou même de mettre fin à l’accord pêche, à celui du commerce, du transport et de l’aviation simultanément. »

« J’ai tenu à rappeler aux députés le contenu de l’accord du Brexit. Celui-ci prévoit des mesures de rétorsion en cas de non-respect par l’une des parties. Parmi celles-ci, il existe effectivement une mesure liée à notre accord sur l’énergie », a précisé Annick Girardin jeudi. « Avant que la Commission européenne, garante du bon respect de l’accord, n’en arrive à une telle extrémité, je souhaite que les autorités britanniques reviennent sur leur décision. » « Nous ne voulons pas sortir de l’accord, ces rétorsions doivent être décidées par la Commission européenne », précise toutefois, ce jeudi, une source au ministère de la Mer.

Accord de pêche post-Brexit : «Les nouvelles exigences de Jersey sont inadmissibles» affirme Annick Girardin

  Accord de pêche post-Brexit : «Les nouvelles exigences de Jersey sont inadmissibles» affirme Annick Girardin Accord de pêche post-Brexit : «Les nouvelles exigences de Jersey sont inadmissibles» affirme Annick GirardinOù en sont les négociations entre la Commission européenne et le Royaume-Uni ?

Déploiement militaire au large de l’île

Jeudi, les pêcheurs ont voulu lancer une opération coup de poing. Une soixantaine de bateaux, partis de Bretagne et de Normandie, se sont positionnés devant le port de Saint-Hélier, la capitale de Jersey. « L’idée était de faire le buzz, d’attirer l’attention », révèle au Parisien Jean-Luc Hall, directeur du comité national des pêches maritimes. Là-bas, ils ont pu rencontrer un ministre de Jersey… sans succès. « La démonstration de force est faite, a expliqué Dimitri Rogoff, président du comité régional des pêches de Normandie, en quittant Jersey. C’est le politique qui doit prendre le relais. »

Au large de Jersey, deux navires de la Royal Navy avaient été dépêchés dans la nuit de mercredi à jeudi. Avant que des patrouilleurs français se déploient, dans les eaux françaises, à proximité. Une « tension » supplémentaire, qui a au moins un mérite : « Tout le monde a les yeux sur nos pêcheurs et on peut espérer que la résolution du conflit s’accélère, explique au Parisien une source au ministère de la Mer. On verra si on accélère dans le mur, ou non. »

Les pêcheurs, eux, comptent bien rester mobilisés. « Certains sont à bout et ça peut vite déraper », prévient Jean-Luc Hall, qui voit aussi dans le déploiement militaire, au-delà de la symbolique, « une façon de prévenir les pêcheurs qu’il ne faut pas aller trop loin ». Sans solution dans les prochains jours, les pêcheurs pourraient décider bloquer les liaisons maritimes entre Jersey et l’Hexagone.

Go Fish: la Grande-Bretagne et la France Distribut les bateaux de patrouille en tant que tensions Montez sur les droits de pêche .
L'atmosphère peut être corrigée d'une opére de Gilbert et de Sullivan à thème nautique, mais la concurrence des patrouilles maritimes britanniques et françaises dans la canal anglais illustrent les très véritables frictions. De Brexit, le départ en désordre du Royaume-Uni de l'Union européenne. © (Gary Grimshaw / Balliwick Express) Les navires de pêche français bloquent le port de Saint-Hélier à Jersey jeudi au milieu d'un différend post-Brexit sur les droits de pêche.

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C'est intéressant!